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La famille Soubirous

La vie de Bernadette Soubirous, les 18 apparitions de 1858 et les reliques conservées dans la maison familiale.

Les portraits de la famille Soubirous — Marie, Pierre et Jean-Marie — à la Maison Paternelle

Quand on parle de Bernadette Soubirous, on oublie souvent qu'elle avait une famille. Des gens ordinaires qui ont vécu des choses extraordinaires sans l'avoir choisi.

Nous sommes la sixième génération de cette famille. Entre eux et nous, il y a 158 ans de transmission ininterrompue. Nous gardons leur histoire. Celle qu'on se raconte de génération en génération, avec les détails que personne d'autre ne connaît.

François Soubirous : le père qui a tout perdu

Vitrail représentant François Soubirous, le père de Bernadette

François Soubirous naît à Lourdes dans une famille de meuniers. Il apprend le métier très jeune.

Il épouse Louise Castérot. Comme lui, elle vient d'une famille de meuniers. Ils s'installent au Moulin de Boly, au bord du Lapaca, un petit moulin à eau.

7 janvier 1844. Leur première fille naît. Ils la nomment Marie-Bernarde. On l'appellera Bernadette.

L'accident qui change tout

Un jour comme les autres. François taille une meule, le burin dans une main, le marteau dans l'autre. Un geste de trop. Un éclat se détache, et lui crève l'œil gauche.

Le sang. La douleur qui foudroie. Il hurle. Louise accourt, le cœur battant. Elle voit son mari à terre, la main sur son visage, le sang qui coule entre ses doigts.

Sa vision est amputée. Sa précision au travail aussi. Or un meunier qui ne voit plus bien ne peut plus vraiment exercer son métier.

Les clients s'en rendent compte. Petit à petit, ils vont voir ailleurs et le moulin tourne de moins en moins. L'argent commence à manquer.

La descente aux enfers

Entre 1844 et 1856, Louise met au monde neuf enfants.

Mais cinq ne grandiront jamais. Le choléra emporte l'un. La fièvre en prend un autre. La malnutrition en affaiblit deux autres jusqu'à ce qu'ils s'éteignent. Le dernier est mort-né, pas même déclaré à l'état civil. Quatre petits cercueils portés jusqu'au cimetière de l'Égalité à Lourdes. Quatre fois où le couple pleure devant une tombe trop petite.

Pendant ce temps, les dettes s'accumulent. Le meunier emprunte pour faire tourner le moulin. Il emprunte encore, et promet de rembourser. Mais l'argent ne rentre pas assez. Les clients sont partis. Comment rembourser sans revenus ?

Le propriétaire finit par perdre patience, et reprend le Moulin de Boly. La famille doit partir.

Ils déménagent dans une maison plus petite. Puis, quelques mois plus tard, dans une maison encore plus petite. Ils descendent. Marche après marche. Vers le fond.

Le Cachot : l'humiliation absolue

Février 1857. La famille Soubirous s'installe au Cachot, une ancienne cellule de prison désaffectée. 14 m² pour six personnes. Pas de fenêtre à l'époque, juste une petite ouverture grillagée dans le mur qui laisse à peine filtrer la lumière. Le sol est en terre battue. Les murs suintent l'humidité. L'odeur de moisissure ne part jamais.

Le père cherche du travail où il peut. Maçon. Portefaix. N'importe quoi. Mais qui veut embaucher un homme borgne de 50 ans ? Il gagne quelques sous par-ci par-là, pas de quoi nourrir six bouches.

Ce qui le ronge, ce n'est pas tant la pauvreté elle-même. C'est l'humiliation d'être devenu celui qui ne peut plus nourrir sa famille, et qui vit dans une prison.

L'accusation de vol

Mars 1857. Deux sacs de farine disparaissent à Lourdes. Les gendarmes viennent frapper à la porte du Cachot. Ils cherchent le père de famille.

« C'est vous, Soubirous. On sait que vous crevez de faim. Vous avez volé la farine. »

Il proteste, François est innocent. Mais qui croira un miséreux qui vit dans une ancienne cellule de prison ? On l'arrête, et on l'enferme plusieurs jours.

Quelques jours plus tard, on le relâche. Manque de preuves. Mais le mal est fait. Dans Lourdes, tout le monde le regarde désormais comme un voleur. L'ironie est cruelle : sa fille parle d'apparitions de la Vierge Marie, et lui, on le soupçonne de voler de la farine.

La rédemption

Février 1865. Monseigneur Laurence, l'évêque de Tarbes, loue pour la famille le Moulin Lacadé. En 1867, après la mort de Louise, l'évêque achète la maison et la cède à François.

Il a enfin un toit qui lui appartient. Un vrai toit. Avec des murs solides, des chambres à l'étage. Il y vivra jusqu'à sa mort, le 4 mars 1871.

Louise Castérot : la mère qui aimait malgré tout

Vitrail représentant Louise Castérot, la mère de Bernadette

Louise Castérot est née à Lourdes, fille de meuniers, elle grandit dans l'odeur de la farine et le bruit constant des meules. C'est une travailleuse, une femme qui n'a peur de rien.

En 1843, elle a 18 ans quand elle épouse François Soubirous, qui en a 36. Elle l'aime, et croit en lui.

Les neuf maternités

Entre 1844 et 1856, Louise accouche neuf fois. Neuf fois elle endure les contractions, la douleur et le sang.

Quatre de ces enfants meurent avant l'âge de dix ans, un cinquième naît sans vie. Quatre cercueils d'enfants et quatre fois où Louise lave le petit corps froid.

On ne s'en remet jamais. Mais on continue. Parce qu'il reste les quatre autres. Bernadette, Toinette, Jean-Marie, Pierre.

Au Cachot : tenir debout

Louise a 32 ans. Elle vit au Cachot avec son mari borgne et ses quatre enfants, à six dans 14 m².

Tous les matins, elle se lève, va chercher l'eau au puits, lave le linge des riches, récure leurs planchers. Le soir, elle rentre avec les mains qui saignent, pose les quelques pièces sur la table, fait à manger avec presque rien, couche les enfants et s'effondre. Le lendemain, elle recommence.

Elle ne pleure jamais devant les enfants. Jamais. Parce que si elle pleure, ils vont croire que c'est fini.

Les apparitions : le doute d'une mère

11 février 1858. Bernadette voit « une dame » dans le rocher de Massabielle. Elle fait promettre à sa sœur Toinette et à son amie Baloume de n'en parler à personne. Mais dès leur retour au Cachot, Toinette ne tient pas sa langue : Louise apprend tout, se fâche, gifle Bernadette et lui interdit de retourner à la grotte.

Jean-Marie Soubirous : le frère qui a tout gardé

Trois enfants de la famille Soubirous ouvrant la procession, page de magazine d'époque
« Trois enfants nommés Soubirous avaient ouvert la procession » — magazine d'époque.

Jean-Marie naît au Moulin de Boly. Le troisième enfant de François et Louise. Le frère de Bernadette. Il a 7 ans quand les apparitions commencent.

L'héritage

François meurt. Jean-Marie a 20 ans. C'est lui qui hérite de la maison, des meubles, des objets, des reliques de Bernadette. Il pourrait tout vendre. Recommencer ailleurs. Mais il décide de tout garder.

Le gardien de la mémoire

Il garde le lit où son père est mort. Les lettres de Bernadette. La robe de baptême qu'elle a brodée. Il garde tout. Parce que Bernadette n'est pas qu'une sainte dans les livres. Elle est sa sœur.

La transmission

Les pèlerins commencent à frapper à la porte. C'est Pierre, le frère cadet et filleul de Bernadette, qui leur ouvre la maison et crée la boutique. Il leur montre les pièces, raconte l'histoire vraie, le Cachot, la misère, l'accusation de vol. Il accueille les pèlerins sans rien demander.

Jean-Marie, lui, transmet la maison à son fils Jean-Bernard, qui transmet à Bernard-Jean, qui transmet à Françoise, qui transmet à Pierre et Anne. C'est nous. Six générations. Six fois la même consigne : « Ne vends pas. Ne jette rien. Raconte. »

Pourquoi nous racontons cette histoire

Bernadette ne sort pas de nulle part. Elle vient d'une famille qui a connu la misère, la maladie, la mort, l'humiliation. François accusé de vol. Louise qui lave les planchers avec les mains en sang. Jean-Marie qui garde tout et transmet.

Sans eux, il n'y aurait pas eu Bernadette. Sans eux, nous ne serions pas là.

Nous sommes la sixième génération de la famille Soubirous. Nous gardons cette maison depuis 1867. Nous racontons l'histoire vraie depuis six générations.

Venez écouter l'histoire de François, Louise et Jean-Marie Soubirous.

Nous vous attendons.

L'arbre généalogique de la famille Soubirous, de François et Louise jusqu'à aujourd'hui

Venez voir ces lieux et ces objets de vos propres yeux

La robe de baptême, les lettres, le missel : tout se visite dans la maison, présenté par la famille.

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