François Soubirous naît à Lourdes dans une famille de meuniers. Il apprend le métier très jeune.
Il épouse Louise Castérot. Comme lui, elle vient d'une famille de meuniers. Ils s'installent au Moulin de Boly, au bord du Lapaca, un petit moulin à eau.
7 janvier 1844. Leur première fille naît. Ils la nomment Marie-Bernarde. On l'appellera Bernadette.
L'accident qui change tout
Un jour comme les autres. François taille une meule, le burin dans une main, le marteau dans l'autre. Un geste de trop. Un éclat se détache, et lui crève l'œil gauche.
Le sang. La douleur qui foudroie. Il hurle. Louise accourt, le cœur battant. Elle voit son mari à terre, la main sur son visage, le sang qui coule entre ses doigts.
Sa vision est amputée. Sa précision au travail aussi. Or un meunier qui ne voit plus bien ne peut plus vraiment exercer son métier.
Les clients s'en rendent compte. Petit à petit, ils vont voir ailleurs et le moulin tourne de moins en moins. L'argent commence à manquer.
La descente aux enfers
Entre 1844 et 1856, Louise met au monde neuf enfants.
Mais cinq ne grandiront jamais. Le choléra emporte l'un. La fièvre en prend un autre. La malnutrition en affaiblit deux autres jusqu'à ce qu'ils s'éteignent. Le dernier est mort-né, pas même déclaré à l'état civil. Quatre petits cercueils portés jusqu'au cimetière de l'Égalité à Lourdes. Quatre fois où le couple pleure devant une tombe trop petite.
Pendant ce temps, les dettes s'accumulent. Le meunier emprunte pour faire tourner le moulin. Il emprunte encore, et promet de rembourser. Mais l'argent ne rentre pas assez. Les clients sont partis. Comment rembourser sans revenus ?
Le propriétaire finit par perdre patience, et reprend le Moulin de Boly. La famille doit partir.
Ils déménagent dans une maison plus petite. Puis, quelques mois plus tard, dans une maison encore plus petite. Ils descendent. Marche après marche. Vers le fond.
Le Cachot : l'humiliation absolue
Février 1857. La famille Soubirous s'installe au Cachot, une ancienne cellule de prison désaffectée. 14 m² pour six personnes. Pas de fenêtre à l'époque, juste une petite ouverture grillagée dans le mur qui laisse à peine filtrer la lumière. Le sol est en terre battue. Les murs suintent l'humidité. L'odeur de moisissure ne part jamais.
Le père cherche du travail où il peut. Maçon. Portefaix. N'importe quoi. Mais qui veut embaucher un homme borgne de 50 ans ? Il gagne quelques sous par-ci par-là, pas de quoi nourrir six bouches.
Ce qui le ronge, ce n'est pas tant la pauvreté elle-même. C'est l'humiliation d'être devenu celui qui ne peut plus nourrir sa famille, et qui vit dans une prison.
L'accusation de vol
Mars 1857. Deux sacs de farine disparaissent à Lourdes. Les gendarmes viennent frapper à la porte du Cachot. Ils cherchent le père de famille.
« C'est vous, Soubirous. On sait que vous crevez de faim. Vous avez volé la farine. »
Il proteste, François est innocent. Mais qui croira un miséreux qui vit dans une ancienne cellule de prison ? On l'arrête, et on l'enferme plusieurs jours.
Quelques jours plus tard, on le relâche. Manque de preuves. Mais le mal est fait. Dans Lourdes, tout le monde le regarde désormais comme un voleur. L'ironie est cruelle : sa fille parle d'apparitions de la Vierge Marie, et lui, on le soupçonne de voler de la farine.
La rédemption
Février 1865. Monseigneur Laurence, l'évêque de Tarbes, loue pour la famille le Moulin Lacadé. En 1867, après la mort de Louise, l'évêque achète la maison et la cède à François.
Il a enfin un toit qui lui appartient. Un vrai toit. Avec des murs solides, des chambres à l'étage. Il y vivra jusqu'à sa mort, le 4 mars 1871.